Article: les enfants sorciers mythes et réalités

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Cet article était publié dans le journal Salongo en 2002 par Dr Kiatezua qui était alors Committee on Publication de la Science Chrétienne en R. D. Congo

Cher Rédacteur

Nous avons lu avec intérêt l’article intitulé : «les enfants sorciers mythes et réalités », paru dans le numéro 068 de Salongo  hebdo.   Nous sommes de l’avis de l’auteur lorsqu’ il écrit : « là où l’Etat a échoué ce sont les églises qui devraient entreprendre une action moralisatrice et éducative pour conscientiser leurs fidèles et adaptes. »  Sur ce, nous nous sommes permis d’apporter  une contribution curative  à ce problème crucial.       Nous explorerons deux approches, qui pour nous sont essentielles, au problème de la sorcellerie :

– la démonstration rationnelle.

– l’approche pragmatique.

Nous exposerons ensuite l’approche que nous préconisons pour ce problème.

Le problème de sorcellerie au Congo est aussi vieux que l’histoire contemporaine de notre pays. J. de Munk dans son livre : « Kinkulu kia nsieto ya Kôngo » (Tumba, 1971, p. 46) cite le cas du Roi Henrique dont le clan (Nimi a Vuzi) a été chassé de Mbanza Kôngo par Ne Kiowa qui en accusait les membres de sorcellerie.  Pour les Bakôngo donc la sorcellerie a toujours était un problème à résoudre et ils en imaginèrent toute une panoplie de solution y compris la fameuse épreuve du poisson nkasa.

Cependant les exigences du savoir académique, ont changé les données.  Car rien ne peut-être accepté dans ces milieux savants que la raison ne cerne pas. Ainsi l’une des démarches prise par un certain nombre de chercheurs est de prouver rationnellement l’existence de la sorcellerie.  C’est dans ce contexte que se situe, par exemple, la démarche du Prof. Buakasa qui dans: « Discours sur la kindoki ou sorcellerie » (Kinshasa, p. 138) partant des exemples tirés du vécu quotidien, cherche à prouver rationnellement l’existence de la sorcellerie.  Si cette démarche a l’avantage d’amener la problématique de la sorcellerie dans le programme des sociétés savantes modernes, elle ne nous avance pas dans les sens de la résolution du problème dont elle s’évertue d’abord à prouver rationnellement l’existence.

A côté de cette approche se trouve celle pragmatique qui, partant du constat que le problème est un fait social, cherche à en trouver la solution.  Ici on peut citer en exemple le Prof. Kimpianga Mahania qui dans son livre : « la Problématique  crocodilienne à Luozi » (CVA, Kinshasa, 1989), après avoir exploré la pensée Kôngo profonde relative au kindoki et à la sorcellerie, tante de donner une solution à une pratique jadis courant de la sorcellerie en milieu manianga : le phénomène de crocodiles apprivoisés pour des raisons maléfiques.

Loin de récuser l’approche de la démonstration rationnelle utilisée par le Prof. Buakasa, nous lui préférons l’approche pragmatique mais non sans y apporter un complément de lumière.  Car la difficulté que présentent ces deux approches est celle de ne pas tenir compte de l’existence de deux modes de pensée dans le monde :   la pensée rationnelle, basée sur la raison, et une deuxième mode de pensée enracinée donc l’âme que nous appellerons : la pensée amimique.  Senghor n’a t-il pas dit : la raison est hellène tandis que l’émotion est nègre ?

Dans son  livre intitulé : « Kindoki, un mystère africain élucidé » (ce livre a été publié encore par Dr Kiatezua dans une version corrigée et augmentée sous le titre: Vaincre la Sorcellerie en Afrique, l’Harmattan, 2009), Ni Kiana Mazamba écrit : « L’Occident et l’Afrique présentent deux formes différentes de pensée, fruits des héritages multiséculaires, l’une est fondée sur la raison, tandis que l’autre s’enracine dans l’âme. Ces deux modes de pensée sont curieusement reflétés par les natures de ces deux milieux.

« L’Occident est le milieu de l’homme qui est l’héritier direct des peuplades qui ont fui le climat glacial des régions polaires du Nord. Le contexte climatique de l’Occident et caractérisé par le froid où tout a tendance à se cristalliser, à prendre une forme définie. C’est donc le monde du visible, du tangible, du palpable où l’intellect joue un rôle prépondérant. Ce qui a amené Ballester à écrire dans « la Prière qui transforme la vie », parlant de l’Occidental : « Sa culture s’est développée pendant des siècles dans un milieu où (la raison) exerçait son influence totalitaire. ». Il ajoute : « L’Occidental d’une façon prononcée est logique, rationaliste, volontaire, critique, intellectuel… [Il est plus porté à la raison qu’à l’âme]. » (Kinshasa, 1985, p. 8)

« L’Africain, par contre, vit dans un climat torride et est héritier des peuplades qui ont habités les régions alors torrides du Sud et de l’Est de la Méditerranée. Dans ce contexte climatique, constamment « brûlés » par le soleil, les choses ont une tendance à l’expansion, à l’évaporation. C’est l’univers de l’invisible, de l’intangible, de l’impalpable, de l’animique, où l’âme joue un rôle primordial.

«  La pensée rationnelle perçoit les phénomènes dans une approche physique par l’entremise de la raison. Tout ce qui échappe à la raison est rejeté et qualifié de superstitieux. Elle n’accepte la révélation que dans la mesure où celle-ci se vérifie par la raison.

« Pour la pensée animique les phénomènes sont inséparables du mental, l’univers physique n’est que la conséquence de l’activité des plans éthériques. La pensée animique, le domaine de l’intuition et de l’illumination, où le kindoki (mystère) joue un rôle primordial, n’accepte la raison que dans la mesure où elle se plie à la suprématie de la révélation. »

La pensée rationnelle et la pensée animique sont deux modes de pensée humaine qui s’excluent mutuellement ; chacun n’acceptant l’autre que dans la mesure où elle se plie à sa suprématie.

Dès lors, demander à la pensée scientifique rationnelle d’accepter l’existence de la sorcellerie, un phénomène animique, c’est lui demander de reconnaître ces limites et d’accepter la pensée animique et ainsi commencer à lui céder du terrain. Cette difficulté résume la limite de l’approche de démonstration rationnelle.

Le pragmatisme invite donc l’Africain  à observer le phénomène de la sorcellerie comme un fait animique et à y apporter des solutions en partant des considérations animiques.

Considéré sous l’angle de la pensée animique, le Kindoki et la sorcellerie présentent deux natures différentes :

  1. Le kindoki est un savoir et un pouvoir tandis que la sorcellerie est l’usage maléfique d’un savoir et/ou d’un pouvoir.
  2. Le kindoki du temps de nos aïeux était un facteur de développement, car, c’est parmi les ndoki que se recrutaient, par exemple, l’élite de la nation Kôngo.    Parlant  de l’académie initiatique Lemba Fukiau écrit dans « le Mukôngo et le monde qui l’entourait »: « tous ceux qui avaient fréquenté Lemba  devenaient des hommes importants, très connus ; ils devenaient des dirigeants : gouvernants, juges, guérisseurs etc.»(Kinshasa, 1969, p. 133)
  3. Tandis que la sorcellerie est un facteur de sous développement car, elle détruit le tissu social.
  4. L’objectif de la sorcellerie est essentiellement de détruire, de dominer ou de voler ; la sorcellerie vise da suprématie du mal sur le bien et trouble l’ordre public.  Tandis que le kindoki était d’abord  un savoir lié à la pratique religieuse, un instrument de maintient de l’ordre, de protection et  de progrès de la société.  Les bandoki formaient l’élite de la société kôngo.

La différence entre le kindoki et la sorcellerie peut  être élucidée en replaçant le terme kindoki dans son vrai contexte étymologique.  La sorcellerie est définit comme l’utilisation des esprits maléfiques dans le but de nuire, les mots kindoki et ndoki  eux ont trait au produit du système d’éducation de l’Afrique précoloniale.

Contrairement à ce que l’on croit généralement, le  mot ndoki, ne dérive pas du verbe    loka -qui  soit dit en passant ne devrait pas se traduire par maudire (« singa » en kikongo) mais plutôt par « prier en mettant en garde ».   Toujours dans sons livre : « Kindoki, un mystère africain élucidé » Ni Kiana montre que le mot ndoki vient du verbe doka qui,  comme l’indique le sens des mots de la même famille, se réfère au système d’éducation de nos aïeux, dont les trois étapes étaient symbolisées par la mort, la vie avec les esprits, et le résurrection.  Ni Kiana écrit donc : « On croit généralement que le mot ndoki dérive du verbe loka qu’on assimile à tort au verbe maudire. Cependant cette croyance ne se justifie pas du point de vue grammaticale. En kikongo (la langue de Bakôngo) on forme le mot qui désigne la personne faisant l’action du verbe en ajoutant N’ devant l’infinitif et en remplaçants la terminaison A par I, sauf pour les verbes monosyllabiques et ceux commençant par f, v, w, p, et B.

Exemple :

luka =vomir             n’luki = celui qui vomit

–  losa = jeter             n’losi = jeteur

sika = tirer                n’siki = tireur

yemba = voler          n’yembi = voleur

« Suivant cette règle du verbe loka provient le mot n’loki, et le mot ndoki comme terme désignant celui qui fait une action doit provenir du verbe doka. Mais ce verbe a perdu sa place dans la plupart des dialectes kongo et dans l’un d’eux, le Kibembe, il a même pris le sens « de maudire ». Cet état des choses, nous osons le croire, est dû au fait de l’assimilation du mot ndoki ou sorcier. Or l’activité essentielle du sorcier est de maudire. Ainsi, par assimilation ignorante, les mots doka et ndoki ont pris respectivement le sens de maudire  et de «  celui qui maudit ».  Cependant on peut encore retrouver le vrai sens du mot ndoki en se référant aux mots de la même famille et en examinant le système d’éducation précolonial. L’éducation en Afrique précolonial comme en Egypte pharaonique, (…) comportait 3 phases symbolisant : la mort, la vie avec les esprits », et la résurrection.

« La première phase consistait à soumettre les émotion négatives et la volonté humaine. Or on trouve dans la famille de ndoki des mots ayant trait à la soumission :

Dokisa = soumettre

Dokana = s’incliner,

Doka =     être courbé, d’ou on tire n’doki = celui qui est soumis.

Dans cette phase l’initié était parfois soumis à des épreuves douloureuses, comme la circoncision. On l’exhortait alors de faire montre de courage, d’endurance et d’héroïsme.  On trouve dans la famille de ndoki les mots suivants ayant trait à l’exhortation :

Dodikila = exhorter

Dokalala = exhorté

Doka =   persuadé.

« Dans la seconde phase, symbolisant la vie avec les esprits, l’initié apprenait les enseignements secrets, c’est la phase d’instruction exprimée par les mots suivants :

Kindokila = claquement de deux doigts en demandant la parole ; celui pose des questions.  Un proverbe kôngo dit « kindokila mumbuesa diela. » (Celui qui pose des questions accroît l’intelligence de plusieurs personnes.)

Dokidika = instruire.  D’ou on tire : kidokidika =s’instruire.  Et kidokidiki, une variante de ndoki dans le sens « celui qui s’instruit. »

On trouve plusieurs paires de ce genre en kikôngo.

Exemple :

-obstruer =kaka ; kakidika

-déposer = lumba ; lumbidika.   D’ou on tire :

-N’kaki =kikakidiki=celui qui obstrue ;

nlumbi =kilumbidiki= celui qui dépose ;

n’doki= kidokidiki= celui qui  s’instruit ;

doka= inculquer.

« Dans la troisième phase, symbolisant la résurrection, l’initié ayant abandonné une personnalité vile est maintenant rené ; ses connaissances se sont étendues et ses facultés éthériques réveillées ou étendues. Les mots suivants de la famille ndoki évoquent cette phase :

Doka= étendre

-Makutu ma doka= oreilles (ouie) fines.

Il est à noter que la chouette, un symbole du kindoki, a une ouie très fine. »

Le but ultime de l’éducation a toujours été la perception de ce qui est invisible aux non-instruits. Pour la pensée animique, cette perception de l’invisible s’appelle le kindoki et peut s’acquérir apparemment de trois façons :

  1. Par la purification de la pensée
  2. Par des moyen  humains
  3. Au moyen des esprits maléfiques.

Le kindoki acquis par la première voie ne peut être utilisé que positivement. Dans le deuxième cas le kindoki ne peut être utilisé positivement ou négativement. Dans, le troisième cas le kindoki ne peut être utilisé que négativement c’est-à-dire dans la sorcellerie.

Dans toute société animique la majorité se recrute dans le camp du kindoki acquis  par des moyens  humains, et souvent acquis au moyen des esprits humains. Ainsi, le progrès ou le déclin d’une société animique dépend de la nature de l’influence que subit cette majorité. L’influence du kindoki acquis par la spiritualisation de la pensée amène le développement, tandis que l’influence du kindoki acquis au moyen des esprits maléfiques entraîne le déclin.

C’est ici que le pragmatisme de la Science Chrétienne offre une solution à cette inéquation animique africaine.  Mary Baker Eddy, la découvreuse et fondatrice de la Christian Science eut à faire face à la mauvaise pratique mentale sous toutes ses formes, et en a triomphé grâce à la mise en pratique du pouvoir-Christ.  Dans son livre « Science et Santé avec la Clé des Ecritures », où elle  expose l’essentiel de sa découverte de la Science de la guérison – Christ, se trouve deux chapitres d’une importance capitale pour la résolution du problème de la sorcellerie :

  1. La Science Chrétienne contre le spiritisme
  2. Le magnétisme animal démasqué

La Science Chrétienne montre que l’humain doit être élevé par la spiritualisation de la pensée.  Madame Eddy écrit : « Quand le mécanisme de l’entendement humain cédera la place à l’Entendement divin, l’égoïsme et le péché, la maladie et la mort perdront leur point d’appui. » (Science et Santé p 176)  Ainsi nous pouvons comprendre que le kindoki acquis par des moyens humain peut, et doit être élevé par [la spiritualisation]de la pensée profonde.  Ce qui amènera le ndoki à utiliser ses potentialités dans le bien seulement et plus il progressera, à abandonner le kindoki acquis par des moyens humains pour celui qui ne peut être acquis que par l’entremise de la pureté.

La Science Chrétienne démontre que le kindoki acquis au moyen des esprits maléfiques n’est qu’illusoire ; il n’est que le fruit des croyances mortelles erronées, son néant doit être prouvé grâce à la compréhension que Dieu est l’unique Esprit, Lui seul gouverne l’homme.  Il n’y a donc pas de mauvais esprits qui puissent avoir de l’emprise sur les enfants de Dieu.  Puisque Dieu est omniprésent et omnipotent, la présence et la force des prétendus mauvais esprits ne sont qu’un mensonge.  Jésus n’a t-il pas dit du diable qu’il est menteur et père de mensonge ?

Ainsi plutôt que s’évertuer à appliquer la politique d’autruche sur le problème des enfants sorciers, chacun de nous peut commencer à contribuer à la guérison de ce fléau en sapant en lui même les bases du spiritisme matériel, en obéissent strictement au premier commandement : « Tu n’auras pas d’autres dieux (d’autres esprits) devant moi.»  Le chapitre intitulé « La Science Chrétienne contre le spiritisme » est un outil précieux pour quiconque veut contribuer à la guérison de ce fléau.  On peut y lire : « La supposition que des êtres corporels sont des esprits ou qu’il y a de bon et de mauvais esprits est une erreur. »  Et aussi : « Dieu gouverne l’homme, et Dieu est l’unique Esprit. »  (pp 70 & 73

Le chapitre intitulé le magnétisme animal démasqué nous montre comment échappé aux mauvaises suggestions mentales grâce à la compréhension que Dieu est l’unique Entendement de l’homme, et que ‘homme n’a pas un entendement personnel qui puisse être source ou récepteur des suggestions maléfiques de la sorcellerie.

Ces deux chapitres m’ont aidé à prouver le néant de la sorcellerie même dans des situations qui parfois semblaient sans issue.  Nous pouvons tous nous affranchir de la crainte de la sorcellerie, en prouver le néant, et démontrer que l’homme à l’image et à la ressemblance de Dieu, qu’est chacun de nous, est à l’abri de ce prétendu pouvoir maléfique, pourvu qu’il se prévale de sa nature-Christ, nature qui lui donne la domination sur tout mal.

Dr Kiatezua L. Luyaluka

3 commentaires sur “Article: les enfants sorciers mythes et réalités”

  1. Kabeya Tshialemba Ch Says:

    Simplement éblouissant ! Merci.

  2. Georges Tchuileng,CS Says:

    Merci infiniment Stephane,pour cette élucidation très limpide de ce problème de sorcellerie très mal compris qui mine la société et la société africaine en particulier.Je suis très heureux d’avoir retrouvé votre Blog.
    Que le Concepteur de l’univers vous éclaire encore plus pour continuer à éclairer vos frères et soeurs.

  3. isis Says:

    En lisant Science et santé, j’ai toujours cru que seul le chapitre parlant du magnétisme animal démasqué traitait de la sorcellerie et de comment y échapper. Avec cet article, je vais relire ce livre avec une nouvelle approche et plus d’attention.
    Merci de nous éclairer sur ce sujet qui défraie la chronique.
    Isis


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