Bannir la crainte

Bannir la crainte

Par Dr Kiatezua Lubanzadio Luyaluka

« Sache, ô mon frère que la peur est un très grand obstacle. »[i] C’est ce qu’enseignait Thot, l’Atlante, s’adressant au peuple de Khem (Egypte ancien). La crainte est le plus grand obstacle sur le chemin de l’illumination de l’humanité, sur le chemin de l’élévation spirituelle et de la libération de l’âme des entraves des sens corporels. Presque toutes les difficultés que rencontre l’humanité peuvent se ramener à une crainte entretenue et qui n’est pas jugulée. C’est ainsi que la toute première démarche des écoles initiatiques africaines était de bannir la crainte.

La croyance à la crainte se fonde sur la supposition que le mal est plus puissant que le bien. Cette supposition aboutit à une conviction de l’insécurité. Pourtant la Science Divine nous montre que Dieu est omnipotent. Les ténèbres (symbole du mal) n’ont aucun pouvoir devant la lumière. Et la Bible nous montre que Dieu est lumière et qu’en Lui il n’y a pas des ténèbres. (I Jean I : 5). Le mal n’a donc en réalité que le pouvoir que notre propre croyance lui confère. Craindre c’est donc nier l’omnipotence de Dieu. Nous devons bannir la crainte grâce à la compréhension éclairée de la toute puissance de Dieu, l’Amour.

La Bible nous enseigne dans I Jean 4 :18 que : « La crainte n’est pas dans l’amour, mais l’amour parfait bannit la crainte ; car la crainte suppose un châtiment, et celui qui craint n’est pas parfait dans l’amour. » Craindre c’est donc croire que l’homme peut être séparé de la bonté infinie de Dieu. Dieu est Amour, il est la source infinie et omniprésente de toute la bonté. Dans l’initiation kôngo l’Amour divin est désigné par l’attribut Kalunga (le Tout-en-tout), car pour les Besikôngo Dieu emplit tout l’espace et tout dans l’univers n’est que Sa manifestation, la manifestation de Sa bonté infinie. Il n’y a donc dans  la création divine rien qui puisse porter atteinte à la sécurité de l’homme, l’image de Dieu ; le mal est donc une illusion qui doit être combattue et anéantie grâce à la conviction de la totalité de Dieu, le bien. Le mal ne fait donc pas partie de la création divine.

Le Dieu créateur, dans sa manifestation de l’amour infini du Très-Haut, a créé l’homme à Son image et à Sa ressemblance. Cette ressemblance de l’homme à Dieu implique une présence permanente et immuable de la bonté de Dieu en l’homme et autour de l’homme : le Verbe.[ii] L’homme dans la Science Divine est donc inséparable du Verbe. Dieu ne retire jamais le Verbe de l’homme quels que soient les actes de ce dernier. Ainsi le Verbe agit éternellement en l’homme pour son salut. Le Verbe exprime éternellement en l’homme et autour de l’homme toute la bonté infinie de Dieu, sans pour autant violer le libre arbitre que Dieu a accordé à Ses enfants. 

Il est impérieux pour l’humanité de comprendre que la crainte ne se résume pas toujours à un sentiment d’insécurité qui fait battre la chamade à notre cœur. La crainte est parfois un sentiment subtil que nous acceptons sans même nous en rendre compte. Vue sous l’angle de sa subtilité la crainte est l’une des caractéristiques de la pensée lunaire dans laquelle l’humanité évolue présentement, où pour mieux dire les choses, une pensée dans laquelle l’homme noir évolue aveuglement aujourd’hui et où il copie servilement l’Occidental dans la science, la politique, la religion…

De même que la lune est un astre qui tourne autour de la terre, la pensée lunaire est essentiellement une pensée limitée, une pensée dont la présupposition de départ est la limitation, car la pensée lunaire commence par la matière une vision limitée et/ou renversée de la réalité. La caractéristique propre à la pensée lunaire, le rationalisme matérialiste de l’Occident, est qu’elle part de l’imperfection vers la perfection. L’homme dans la conception rationaliste est un mortel imparfait qui doit à tout prix, à défaut de périr, se perfectionner, ajouter le bien dans son existence imparfaite et souvent il se croit contraint à le faire au détriment des autres. La pensée rationaliste occidentale en commençant par la croyance à la limitation, est donc essentiellement une suggestion subtile de crainte. L’humanité est conduite à craindre lorsqu’elle accepte par exemple que : 

  • Demain les énergies fossiles vont s’épuiser, d’où on accumule les réserves de pétrole et on dépouille les autres (les faibles) de leurs réserves par une exploitation injuste, abusive et impérialiste.
  • L’offre dans le marché de l’emploi est limitée, d’où il nous faut avoir la meilleure formation possible.
  • Les clients sont limités, ainsi la concurrence est inévitable et tous les moyens sont donc bons pour écarter les adversaires potentiels.
  • Etc.

Je ne soutiens pas que les énergies fossiles continueront infiniment, je ne dis pas qu’il n’est pas nécessaire d’avoir la meilleure formation possible, mais je soutiens que toute action de l’humanité qui part de la croyance que le bien est essentiellement limité, battit sur la crainte. Comprenant cela Thot, l’Atlante, conseillait déjà à son époque aux Africains (d’hier comme d’aujourd’hui) de ne pas se laisser séduire par le rationalisme matérialiste de l’Occident : « Ne te laisse pas séduire par les frères des ténèbres qui te montrent la CLARTÉ OBSCURE. La lumière réfléchie n’est pas la lumière solaire. Ne te laisses pas séduire par la lumière artificielle qu’on veut projeter vers toi pour te donner l’illusion que tu existes. Tu es le centre, tu es celui qui éclaire. Tu es SOLEIL DE LUMIÈRE de ton univers. Garde toujours tes yeux dans cette direction et ton âme en accord avec la LUMIÈRE CENTRALE. »[iii]

Vivre sans crainte c’est avant tout vivre en basant son action sur la présupposition de la pensée solaire que le bien est illimité, car le bien c’est Dieu. De même que la terre tourne autour du soleil, la pensée solaire est une pensée dans laquelle l’humanité se tourne naturellement vers Dieu, le Soleil des soleils. Contrairement à la pensée lunaire, la pensée solaire, la pensée éclairée qui est la quintessence de la vraie âme nègre, part de la perfection (Dieu) vers le néant de l’imperfection (le mal) : l’homme est l’image et la ressemblance de Dieu, c’est sur cette base qu’il doit démontrer sa perfection, la perfection de son prochain et le néant du mal. La pensée solaire est donc une pensée qui s’appuie sur l’amour. Voilà pourquoi la sagesse afrocentique insiste : « Tônda nkuêno bu utôndanga nitu âku. »[iv] (Aimes ton prochain comme tu aimes ton propre corps.)

Conformément donc à la pensée solaire, nos nations doivent constituer des réserves de pétrole, non pas parce qu’il y aura carence demain, mais par souci de conformité à la sagesse divine qui doit caractériser notre gestion. Les jeunes gens doivent s’offrir la meilleur formation possible, non pas par crainte de la concurrence sur le marché d’emploi, mais par la nécessité de manifester l’infinitude de l’intelligence que Dieu, l’Entendement, exprime en eux.  Le commerçant doit chercher la clientèle, non pas par crainte de la limitation, mais en se basant sur la conviction que celle-ci est infinie et disponible à tous… Une telle approche de l’action de l’homme ouvre la porte à des possibilités insoupçonnées que la crainte cherche à nous cacher et cette approche évite des conflits entre les hommes et les nations.

Un jour quelqu’un est venu me voir pour un problème d’emploi. Il était candidat pour un poste dans un cabinet ministériel, mais le problème était qu’il y avait, comme toujours dans ce cas, beaucoup de candidats pour si peu de postes. Je lui ai fait voir que c’est une vision erronée qui lui faisait croire qu’il y avait une offre limitée. Je lui ai fait comprendre que Dieu avait de l’emploi pour tout le monde et que certain (peut être lui-même aussi) avait donc leur opportunité ailleurs et que notre prière doit être basée sur cette conviction de l’abondance de la bonté divine pour l’aider et aider les autres à trouver leur place dans le marché d’emploi. Lorsque la liste des gens retenus pour travailler à ce cabinet était sortie, il n’était pas découragé de voir que son nom n’y figurait pas, car il était convaincu qu’aucune limitation ne fait partie de l’économie divine. Plusieurs mois plus tard, il a été appelé et a pu travailler dans ce cabinet jusqu’à la fin du mandat du ministre. 

Bannir la crainte c’est d’abord raisonner et agir en partant de la base de la perfection de l’homme en tant qu’image de Dieu et de l’omniprésence et de la base de l’abondance du bien. Bannir la crainte c’est se détourner de la pensée lunaire et de ses craintes subtiles et fonder sa pensée et son action sur la pensée solaire, la pensée qui est appelée à régir le monde à partir de ce troisième millénaire. L’humanité place donc aujourd’hui un grand espoir au réveil de la mentalité animique[v], car la Bible prédit que la lune sera sous les pieds de la femme et que les étoiles (les soleils) couronneront sa tête. (Apocalypse 12 : 1).


[i] Le Chemin d’Hermès, http://www.lescheminsdhermes.org.

[ii] La notion du Verbe correspond à la notion d’Horus dans l’initiation osirienne, à la notion de Kimahungu dans l’initiation kôngo et à la notion du Christ dans l’initiation chrétienne.

[iii] Ibidem.

[iv] Précepte du Kimpasi, l’une des écoles initiatique du Kôngo.

[v] La pensée qui est fondée sur l’âme et où l’intuition a la suprématie sur la raison.

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